Musique électronique : enquête

Publié le par Jérôme

 Pourquoi Bordeaux rime avec Electro


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Haut-lieu de la scène underground dans les années 80, la cité bordelaise vit toujours une histoire d’amour avec la musique électronique. Récit.

 

Il y a quelques semaines, Jean-Michel Jarre (photo), le pionner de la musique électronique, donnait le coup d’envoi de sa première tournée mondiale en salle à Bordeaux. Tout sauf un hasard. Dans la préfecture d’Aquitaine, les grands rassemblements musicaux sont inexistants, mais la ville est un endroit clé pour les amateurs de musique électronique. La semaine, plusieurs bars et clubs proposent de la musique très pointue à leurs clients. Le "El Inca" verse dans l’electro rock indie, le "Saint-Ex" dans l’electro trash, "l’Azuli" dans la house et le lounge, le "Live Café" dans la Tekhouse minimale… Seul le "Son’art", club réputé dans le milieu, a mis la clé sous la porte faute de subventions.

Le week-end venu, c’est au "4Sans" que des centaines de jeunes se retrouvent. Les connaisseurs l’appellent « la Mecque de l'électro ». Niché au cœur du quartier de la gare, discret comme la ville qui l’héberge, toutes les grandes pointures y sont venues : Justice, Crookers, Digitalism, Martin Solveig, Laurent Garnier, David Guetta… Pourtant, le lieu est aujourd'hui menacé de fermeture pour cause d'aménagement du quartier. Au niveau des associations, Organ’Phantom, Bordeaux Rock et Allez les filles ! ont noué des liens assez forts avec des artistes de renommée internationale… suffisants pour faire venir Chinese Man, il y a un mois, dans un petit festival du Bassin d’Arcachon.

 

Un héritage des 80’s. D'autres salles de concert programment ponctuellement ce genre de musique. Le "BT59" à Bègles, le "CAT", "l’Heretic Club" à Bordeaux… Un « héritage » local né dans le milieu des années 80, lorsque la musique électronique traverse l’Atlantique. « Tout était interdit à Paris, notamment parce que cette musique était liée à l’homosexualité et aux blacks », explique Sébastien Rideaud, directeur de la nouvelle école de DJ à Bordeaux. « Il fallait bien trouver des villes pour jouer ! ». Dans la Belle endormie, les énergies qui fourmillent dans les souterrains créent un mouvement où la créativité se répand à la même vitesse que la drogue. « L’espoir était très fort, il y a dix ans. Tout était à faire au niveau de la musique électronique », ajoute l’un des élèves les plus âgés de l’école de DJ. Les volontés d’Alain Juppé lors de son passage au gouvernement, la reconstruction nécessaire de la ville, la fermeture des clubs à 4 heures : autant d’éléments vécus comme une « chasse à la drogue » qui tuent peu à peu cette belle effervescence. Aujourd’hui, « le mouvement s’est dispersé, et ce sont les jeunes qui ont repris le flambeau »« On n’est plus dans la contre-culture comme ce fut le cas à l’époque », constate Sébastien. La drogue, elle aussi, a disparu. « Ce n'est pas une mauvaise chose », pour le directeur de l'école de DJ. « Mais il faut bien reconnaître qu'on s’amuse moins ! ».

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Des fuites dans le milieu ? Dans ce contexte de renaissance, une multitude de groupes et de DJ se font connaître en France et même au-delà. Olivier Djokomoto, Kap Bambino, The Shoes, Strip Steve, United Fools, Noob, Charly Greane, Bobmo, Tom Deluxx… Les collectifs d'artistes sont également présents comme Neurosystem ou Be Trash. Lorsque le succès les appelle, peu restent. Beaucoup d’artistes du cru ont ainsi signé avec des labels parisiens, allemands ou anglais. Mais certains sont restés fidèles à leur ville grâce à des labels locaux dynamiques. La maison de disques bordelaise Boxon Records, créé en 2007, a par exemple produit Tom Deluxx, qui joue en première partie des stars parisiennes de Justice. Dans le très spécialisé milieu de la musique électronique, qui fait et défait ses idoles plus vite encore que la scène rock, ce genre de réussites est un bon présage.

Publié dans Musique

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Flo 09/05/2010 13:33


Dites moi, cher ami, que signifie "discret comme la ville qui l'habite" ?