Série

Publié le par Jérôme

Utopia, la vérité est (encore) ailleurs


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Tueurs en série à la Pulp Fiction, BD prophétique et road-movie paranoïaque se mélangent avec bonheur dans cette série anglaise de Channel 4, découpée en six épisodes magnifiquement filmés.


« Utopia » est un comics légendaire des années 80, truffé de théories du complot. La rumeur court qu'une suite jamais publiée contiendrait la clé de tous ses mystères... Ian, Becky, Grant et Wilson, un petit groupe de personnes qui n'avaient jusqu'alors aucun lien, apprennent son existence.
Et leurs vies basculent soudainement et brutalement. Pris en chasse par une impitoyable organisation meurtrière connue sous le nom du Network, les membres du groupe, terrifiés, n'ont plus qu'une solution pour rester en vie : courir !

 

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Enfuyons-nous, suspectons-nous

Ce thriller psychologique est une vraie bonne surprise en ce début d'année feuilletonesque un peu morne. L'auteur, Dennis Kelly (créateur de la série politique Boss), a le bon goût de flirter avec le fantastique et la science-fiction sans jamais s'y engager complètement. La cavale folle des héros, pourchassés par de mystérieux tueurs de sang froid, sert de fil conducteur à une histoire de plus en plus complexe. Vision stroboscopique d'une société paranoïaque et hyper-connectée.

Sur fond de devenir de l'humanité, tout le monde suspecte tout le monde, dans une ambiance délétère, illustrée à merveille par une musique jungle/drum'n'bass psychotique. Le second degré propre à l'esprit anglais est ici salvateur : on est jamais complètement dans le sérieux. Tant mieux car le mélange des genres est quand même osé : comédie, action, thriller, drame...

 

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« Where is Jessica Hyde ? »

Plus subtiles que dans Sin City ou Heroes, les références à la bande dessinée sont ici concentrées dans une galerie de personnages excentriques (et dans le sang rouge peinture), que l'on voit évoluer tout au long de l'intrigue. Que dire sur les méchants, tout simplement parfaits ? Les dévoreurs de séries anglaises, eux, reconnaîtront Nathan Stewart-Jarrett (Misfits, ci-dessus) dans l'un des rôles principaux, informaticien qui vit chez sa mère.

Comme dans Skins ou Misfits, les personnages principaux ordinaires, aux faiblesses saillantes, sont filmés comme des personnalités extraordinaires. Dont les actions jusqu'aux plus anodines sont capitales. On s'identifie pourtant tout de suite à eux, au sein d'une espèce de réalisme fantastique qui domine la fiction actuelle. Je ne révélerais aucun élément déterminant de l'intrigue ici, notez juste qu'Utopia prendra un malin plaisir à vous entraîner sur de fausses pistes. Agitez le drapeau rouge sous les yeux du taureau, et il foncera plus vite encore dans le prochain leurre.

 

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Un Mc Guffin ou j'tire

Une grande qualité qu'ont peu de fictions ? Instaurer tout de suite une ambiance. De nous imposer son propre rythme. De s'aider de l'image, du son et du montage pour happer le spectateur. Cela implique bien entendu de notre part une concentration au-delà de la moyenne. N'espérez donc pas apprécier Utopia si vous tapotez sur votre portable en même temps... Bref, j'ai dévoré de bout en bout les six épisodes d'une heure qui composent cette première saison. Filmée de manière majestueuse, truffée de grands angles vertigineux et de couleurs saturées comme chez Danny Boyle, son ambition n'a d'égale que sa complexité. Cette sextalogie ne perd son spectateur que pour mieux affirmer son principe.

Avec quelques ratés évidemment : au cœur de l'intrigue (épisodes 3 et 4), le récit s'avère moins maîtrisé... Une faiblesse illustrée par la surenchère d'effets de caméra. L'écueil permet toutefois d'approfondir les personnages secondaires. Les Sherlock Holmes en herbe me contrediront peut-être, mais certaines fausses pistes embrouillent le récit plus qu'elle l'enrichissent. C'est pourtant la règle fondamentale du Mc Guffin (et des donuts en guise de p'tit déj). Un seul à la fois.

« Utopia », 6 épisodes de 60 minutes diffusés sur la chaîne Channel 4 en janvier et février 2013.

Pas de diffusion prévue en France à l'heure actuelle, mais une belle édition DVD existe à l'import !
Saison 2 à venir début 2014.
(Merci à @colorado_spleen pour la découverte.)

 

 

Bande-annonce VO :

 



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