"Looking For Eric", un film de Ken Loach (2009)

Publié le par Jérôme

Mauvais double


Il y a deux Eric dans le nouveau Ken Loach. L'un est postier à Manchester, l'autre fut l'un des footballeurs les plus talentueux d'Outre-Manche. Tournés vers leur passé, les deux personnages du réalisateur britannique ne parviennent pas à insuffler à Looking for Eric la flamme qu'un tel jeu de doubles aurait mérité.

Après leur avoir craché dessus, les intellectuels draguent désormais les footballeurs. Après les ébats égotiques de Maradona et Kusturica, c’est Eric Cantona – qui produira désormais du cinéma avec ses frères – qui fait son petit numéro chez Ken Loach. Looking for Eric, c’est l’histoire… d’Eric Bishop, un postier de Manchester un peu morne, la quarantaine, inconditionnel du footballeur de Manchester United qui s’appelle comme lui. Le héros a abandonné sa femme, sa fille, et se révèle incapable de cadrer ses fils, adolescents, dont il a toujours la garde. Situation familiale délétère, cruauté en creux de la vie des middle class britanniques, parfum de drame dans l’air... La bouée la plus proche, vers laquelle nagent ces personnages apeurés du cinéaste britannique, est rarement la meilleure.


Bref, toujours chez Loach ce carcan du conditionnement social, où les événements rappellent à chacun qu’il n’est pas simple d’échapper à sa condition. Le fils aîné tombe sous la coupe d’un truand, sa sœur cumule enfant en bas âge et études… Quant au père, il s’essaye à la psychologie du regard de l’autre. Pour discuter de son existence, le postier Eric, un rien schizophrène, voit lui apparaître Cantona. Un Jimini Crockett sorti de nulle part, un faux double qui parle franglais, propre aux situations cocasses. Le fan de ballon rond pourra toujours admirer quelques beaux buts du King.


Mais le film choisit clairement la voix du drame, et tente de développer une dichotomie fondamentale du cinéma : le décalage entre l’identification à un personnage réel et à une image. « Essaye de te voir à travers les yeux de quelqu’un que tu admires », assure son meilleur ami à Eric. Ici, la fiction autorise tous les fantasmes. Même celui, imputable à Ken Loach, d’avoir voulu faire une tarte au citron avec des fraises. Eric Cantona, se pose là, avec son étiquette inamovible de légende anglophile, au milieu de ce drame social qui sent la paresse. Et fatalement handicapé par une mise en scène et une direction d’acteurs qui ne se préoccupe pas de lui.  







 

Pour aller plus loin :




-Bande-annonce






-Fiche du film

-Site officiel (en anglais)







Publié dans Cinéma

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