"Quantum Of Solace", de Marc Forster (2008)
Un tueur qui laisse froid
« Tu l’avais pas vu, Casino Royale ? Mais alors t’as du rien comprendre au nouveau James Bond… ». A la sortie des cinés, on lit de la déception sur les visages. Les fans inconditionnels de l’agent secret, plus souvent cinéphiles que papivores, sont déroutés par ce James Bond enfin fidèle aux aventures d’Ian Fleming. Pourtant, Quantum Of Solace (littéralement « un soupçon de réconfort ») n’est pas une adaptation de roman. Daniel Craig, trop froid et impassible pour jouer les torturés, incarne un Bond rustre qui dépouille ses amis morts et les jette dans une poubelle, un opportuniste qui voit sans un regret mourir ses conquêtes. Le contrepoint dans l’histoire, un propos convenu sur le délitement des services secrets, est bien maladroit. Mathieu Amalric, lui, semble s’amuser de ses propres cabotinages. Il campe un méchant réjouissant, pas loin d’être la plus belle réussite du film.
Prétendue « suite directe » de Casino Royale, cette lutte de l’espion anglais contre une organisation criminelle à la fois puissante et fantomatique (comme c’est commode…) tourne peu à peu en vengeance personnelle. Qui n’excuse en rien le scénario famélique auquel le spectateur a droit, brinquebalant l'agent 007 en Autriche, en Italie et en Amérique latine. Les scènes d’action, de fort belle facture, pâtissent d’un montage au hachoir. Moins d’espionnage et plus d’action, un personnage plein de démons intérieurs : volonté notable de renouveler le mythe bondien. Seulement voilà, Jason Bourne et La mémoire dans la peau sont déjà passés par là. A vouloir manger à tous les râteliers, on s’en prend un en pleine figure…