One Piece, une shōnen saga signée Eiichirō Oda

Publié le par Jérôme

Chapeau de Paille nous mène en bateau


Un shōnen manga sur la piraterie, aux références pointues, anachroniques et loufoques ? Il fallait l’oser, Eiichirō Oda l’a fait. Douze ans de publication pour la version papier de One Piece (depuis 1997 au Japon), dix pour la version animée. Et toujours, pour le fan, des mystères irrésolus que l’on retrouve jusque dans le nom de la série. One Piece, in english, signifiant à la fois un « bloc » (le tout) et une « pièce » (la partie).

 

Dans One Piece, Nul pirate, nul lecteur n’est assuré de revenir de ces aventures en un seul morceau. Le tout, serait-ce « l’âge d’or de la piraterie » qui est la raison d’être de la série ? Gold D. Roger, seigneur des pirates aux faux airs de Barbe Noire, est exécuté sur la place publique de manière spectaculaire par la toute-puissante Marine mondiale. Ce personnage fondateur révèle avant de mourir la présence de son butin légendaire, le One Piece, quelque part sur la « route de tous les périls ». Plus féroces encore que les pirates rôdant au large de la Somalie, nombreux sont les aventuriers à répondre à l’appel du large. Mais ce trésor inconnu permet-il vraiment de devenir seigneur des pirates ? Ou est-ce juste une invite du Capitaine Crochet de service à parcourir les océans, plein d’espoir ? Monkey D. Luffy, le héros guerrier caoutchouteux de cette histoire, est intimement convaincu que la recherche de ce trésor fera de lui le prochain souverain de la flibuste.

 

One Piece, le tout, et la partie. Le pouvoir de Luffy, être un homme élastique (lointain clin d’œil à Dhalsim de Street Fighter II) ne désigne-t-il pas des parties qui s’allongent et redeviennent invariablement un tout ? Mais one-piece désigne aussi une « pièce de monnaie ». La pièce d’un trésor maudit, dont seule une infime partie serait visible. Comme celui qui causa bien des soucis à Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes ? La véritable nature du One Piece est inconnue, et le grand succès de la série nous promet des révélations au compte-gouttes. Peut-être que One Piece est une espèce de Graal, objet légendaire qui aurait connu de nombreuses évolutions et que l’on chercherait sans savoir à quoi il ressemble. Qui sait si Eiichirō Oda n’a pas complètement bouleversé son idée de départ pour faire face à l’engouement autour de son œuvre !


Crocodile, l’un des 7 capitaines corsaires et adversaire de Luffy, croit savoir qu’ « il » est une arme capable de dévaster à elle seule des armées entières, comme l’était le mythe celtique à l’origine du Graal. L’historienne pisse-froid Nico Robin, alliée de Monkey D. Luffy, rêve de découvrir avec le One Piece « la Vraie Histoire » sur laquelle repose l’univers, gravée sur le « Ryo Ponéglyphe », une mystérieuse Pierre de Rosette que l’on aurait jamais rapatriée. Ce butin fantasmagorique n’a peut-être de la valeur que pour celui qui en rêve. Reste que les dormeurs ne rechignent pas à prendre la mer : le One Piece est comme la métaphore qui justifie le périple. Comme Edgar Poe l’inventait dans ses romans policiers, peut-être que le plus important n’est pas la conclusion mais toutes les étapes qui mènent au dénouement.



Un parcours initiatique, en somme, ou une belle définition de l’épicurisme, le « tendre vers ». Ainsi, Rough Tell, la dernière île de « la route de tous les périls » où le trésor se cache, se situerait au point de départ (à Reverse Mountain). Elle est celle qui boucle la boucle : la fin serait aussi le début. Nombreux sont les shōnen manga à finir en queue de poisson, comme pour mieux souligner la prépondérance du cheminement par rapport à la fin. Et qu’est-ce la fin d’une série sinon l’arrêt de la parution d’un manga qui aurait perdu son public ? En attendant, One Piece est loin d’avoir livré tous ses mystères.

 

 

 

 

 

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