"Entre les murs", de Laurent Cantet (2008)

Publié le par Jérôme

J’éduque, il détourne, nous espérons


P
our éveiller les débats, le docu-fiction mérite le napalm d’or. Mais il tombe bien souvent dans la démonstration. Entre les murs, adapté du roman de l’enseignant François Bégaudeau, est une bien étrange peuplade d’acteurs et professeurs, chronique d’une année scolaire dans un collège « difficile » du Paris populaire. Le film s’inscrit dans un savoureux paradoxe : il entend défendre le « penser par soi-même » platonicien dans une œuvre à thèse sur l’éducation. Comme si Salinger, dans le roman L’Attrape-cœur, avait laissé parler le prof plutôt que l’élève. Le beau rôle est donc pour le professeur principal d’Entre les murs, et l’on entend déjà les mauvaises langues. Le récit, vif et drôle, rechigne à évoquer la vie en dehors de l’école. Comme pour mieux faire disparaître dans un brusque anonymat les élèves allergiques au système. Entre longueur du propos, pudeur, et moments de tendresse, Laurent Cantet, le réalisateur, laisse apparaître une sombre alternative : compenser le manque de moyens par l’énergie du désespoir. A chacun ses murs, et peu importe leur épaisseur ou si nos cris sont étouffés, pourvu que la grande roue continue à tourner.

 

Publié dans Cinéma

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