« Flight Of The Conchords », doux dingues à guitare
Mélange improbable d’American Pie, de
West Side Story et des musiciens du web La Chanson du Dimanche, cette série surprenante sur un groupe de marginaux jouant du folk est
légère, mélomane et parfois douce-amère.
On fait de drôles de rencontres dans les faubourgs new-yorkais. Deux musiciens folk néo-zélandais débraillés,
déguisés en robots et un rien hystériques sont filmés au téléphone portable par leur « manager » en vue d’un improbable clip. Les deux membres des « Flight Of The Conchords »
(FOTC) chantent, l’air très sérieux : «Les humains sont morts, place aux robots ! Solo Binaire…0000001, 00000011, Oh-Oh, 000000111, 0000001111,
Viens-là banane, suce-moi la pile ! Boogie, Oh-Oh, Robo-Boogie ! ». Avec les musiciens Jemaine Clement et Bret McKenzie, qui
jouent leur propre rôle dans la série, la musique électronique mais aussi le ragga, la pop ou la soul en prennent pour leur grade, dans une parodie toute en mini-chansons à la fois succulente et
irritante, comme pour mieux jeter le doute entre premier et second degré. L’écrivain Marcel Proust aimait à dire que « la meilleure critique d’une
œuvre en est la parodie ». Avec cette série, les mélomanes risquent d’avoir constamment le sourire aux lèvres.
Mais ne vous méprenez pas : les FOTC, qui se produisent réellement en concert, sont de vraies créatures de l’espace médiatique, enfants du rockumentaire parodique Spinal Tap (1984), dont on ne sait plus très bien s’ils sont nés dans la fiction
ou le réel, répondant à leurs propres aspirations ou à une demande du public. La série est confinée dans une espèce de réalité parallèle, où le manager de nos deux naïfs échoue à mettre en
contact les FOTC avec leur public. Clin d’œil amusant aux difficultés de l’industrie musicale : à défaut d’avoir trouvé une nouvelle poule aux œufs d’or, elle cherche en vain – via le
manager – à répondre à la question de « l’œuf ou la poule ».
L’histoire, elle, est secondaire : nos deux néo-zélandais, un rien imbéciles heureux, débarquent à New York avec l’ambition de lancer leur carrière de groupe. Vivant dans un
petit appartement, sans le sou, ils confient leurs intérêts à leur ami et « manager » consul de Nouvelle-Zélande. Leur musique loufoque ne leur permet de décrocher que des concerts dans
les foires ou les aquariums. Ce qui ne les décourage pas, bien au contraire. Dans Flight Of The Conchords, la musique – centrale – ne tient pas le
rôle de l’exigence mais elle est l’échappatoire du réel, la transition qui permet d’avancer dans l’existence, fusse-t-elle complètement en marge de la société. Des petits moments de tristesse en
profitent pour se glisser entre les franches rigolades. Une fraîcheur rare, en attendant une (probable) saison 2*.
*Les 12 épisodes de la saison 1 (d’une durée de 30 minutes chacun) ont été diffusés sur TPS Star et HBO depuis le mois de mars. Pour les anglicistes que l’accent kiwi ne gêne pas, l’intégrale de
la série est regardable ici : www.surfthechannel.com
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