"Bienvenue chez les Ch'tis", de Danyboon (2008)

Publié le par Jérôme

Bienvenue chez les Ch’tis, « l’anti-Astérix »

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Ou l'histoire – désormais ultra-connue – d'un homme originaire du sud de la France qui travaille à la Poste et se retrouve muté dans le Nord. Bienvenue chez les ch’tis est l’Anti-Astérix aux Jeux olympiques. Quand le premier travaille – pas toujours dans la finesse il est vrai – les clichés sur le Nord et y gagne une identité, le second n’est qu’un propos uniformisant, réduit à réajuster son montage avec des blagues différentes selon le pays où il est diffusé. Peine perdue : Astérix n’est même pas drôle. A contrario, le film de Danyboon parodie d’un œil tendre les poncifs sur le Nord, et par écho ceux sur les gens du Sud.
Porté à bout de bras par un Kad Merad impeccable en patron de poste prête à tout pour sauver son couple, Bienvenue chez les ch’tis a pour lui les dialogues et un comique de situation quasi-constant. Le récit est malheureusement plombé par une histoire peu crédible et des personnages à la motivation bien opaque. Danyboon évite heureusement une caricature trop grossière parce que ses personnages, postiers bons vivants et aux bons mots, s’amusent de leur propre caricature. Quand Astérix donne platement au public ce qu’il veut voir, Les Ch’tis montre des personnages qui s’amusent de cette image de mineurs alcooliques, sales et arriérés – image bien en place dans l’imaginaire collectif des spectateurs.
  
Le régionalisme en champion de l’humour
 
On estime à plus de 17 millions le nombre de spectateurs potentiels pour Bienvenue chez les ch’tis. Et c’est La grande vadrouille qui craint pour son record… Grande découverte pour les médias français : l’exotisme des langages et des coutumes méconnues actionnerait les zygomatiques du spectateur ! A croire que les succès imprévus ont besoin d’explications rationnelles. On ne peut que s’esclaffer que devant cette fausse naïveté qui pousse à s’interroger sur le pourquoi du comment du succès d’œuvres de divertissement. Au XIXème Siècle, les opéras-bouffe d’Offenbach faisaient rire avec les accents, les difficultés de communication entre personnages. Le tout pour un auteur solidement ancré, à l’époque, dans une culture populaire ou intelligentsia et peuple se retrouvaient sans médire au spectacle.
 
Aujourd’hui, doit-on avoir honte de notre cinéma franchouillard ? Godard, Resnais, Melville, ca sonne mieux. En Espagne, l’énorme succès du film horrifique L’Orphelinat, mal compris hors des frontières, renvoie à celui en 2005 de Nightwatch, film de vampires, plus grand succès du cinéma russe, totalement incompréhensible pour un étranger. Il y a une vitalité pour le cinéma populaire de chaque pays, dont l’hermétisme le relie d’autant plus à la culture de son pays d’origine. Qui peut affirmer rire aux éclats à la fois du comique carabinier italien, de l’humour à la Monty Python, et au doux cynisme du Crime Farpait de l’espagnol Alex de la Iglesia ? Il faut célébrer le cinéma comme une culture populaire, fusse-t-elle maladroite. Encourager le cinéma qui exhibe ses origines, son genre de prédilection, ses régionalismes, ses influences, ses codes mais surtout sa particularité. Même s'il n'est qu'oeuvre de divertissement...


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Publié dans Cinéma

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Shin 08/04/2008 14:13

Bonjour,

Déjà numéro du box-office historique du cinéma français (devant "La Grande Vadrouille"), le phénoménal succès de "Bienvenue chez les Ch'tis", bien que surprenant (dans ces proportions s'entend), est assez légitime car Dany Boon a su nous offrir un film qui a pas mal d'humour et surtout beaucoup de cœur. Espérons que la suite (avec un tel score, elle est quasiment obligée) ne brisera pas le charme de ce film simple, sans être simpliste, et touchant.

Amicalement,

Shin.