"L'heure d'été", d'Olivier Assayas (2008)

Publié le par Jérôme

L’heure d'été : succession contrastée pour Assayas

 
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C’est l’été. Dans leur maison familiale, à la campagne, deux frères, une soeur et leurs enfants fêtent les 75 ans de leur mère, Hélène Berthier, qui a consacré sa vie à préserver l’œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier. La disparition soudaine d’Hélène, quelques mois plus tard, les obligera à se confronter avec les encombrants objets de leur passé. A chacun donc de se mettre à l’heure d’été, qui est celle…de la succession, sous peine de fêler le bel édifice familial.
Le sujet n’est pas si conventionnel, parce qu’il est douloureux, mais Assayas le traite avec une banalité dont on ne sait pas si c’est un défi ou un aveu d’impuissance. Chez Maupassant, écrivain du réalisme de l’ordinaire, l’art narratif a pour mission « de produire l’effet qu’il poursuit, c’est-à-dire l’émotion de la simple réalité, et [de] dégager l’enseignement artistique qu'il en veut tirer, c’est-à-dire la révélation de ce qu’est véritablement l’homme contemporain devant ses yeux ». 
A savoir ? « Imposer l’illusion ». Chez Assayas, l’illusion est d’abord celle du romantisme. Dénué de tout sentimentalisme, le film en est comme lancinant, empreint de douleur. Ses saveurs sont jaunies et figées comme dans un vieil album photo. Le cinéaste cherche à fabriquer l’illusion des rapports familiaux, de la vie à l’étranger rapportée par les enfants – qui ont déjà les leurs, signe du temps qui passe. Les dialogues, pleins d’hésitations et de contretemps, sont autant de « tunnels » de comédie bourgeoise dont on cherche en vain la sortie. La lumière de la campagne, elle, déborde des images, splendide, et apaise le spectateur qui baigne dans l’austère et la platitude. «  Je passe mon temps à chercher la perte de contrôle et le déséquilibre », confiait il y a peu le cinéaste au Monde.
L’illusion est aussi celle d’un film de commande – celui du 20ème anniversaire du Musée d’Orsay – qui a été détourné avec malice par le cinéaste. Si des œuvres sublimes sont présentées – ou plutôt entrevues – à travers la collection imaginaire de ce Paul Berthier, il sert un discours simpliste sur l’art : les froids collectionneurs d’art d’un côté, de l’autre les visiteurs de musée totalement inconscients de l’histoire de l’art. La servante Héloïse, elle, hérite d’un vase dont elle ignore la valeur. En y mettant de l’eau et des fleurs, elle sera la seule à faire vivre l’objet après la mort de sa maîtresse.
Le même effort est demandé au spectateur, insuffler de la vie à cette Heure d’été pour mieux en ressentir toute la vacuité.
 
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Edith Scob (la mère) et Juliette Binoche (la fille), probablement les actrices les plus rayonnantes de ce film exigeant.

Publié dans Cinéma

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