Renan Luce au Forum : Interview et chronique du concert

Publié le par Jérôme

Concert de Renan Luce, Forum de Falaise, le 24 octobre 2007

Comment écrire une Lettre en public 
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L’artiste, son premier album…et sa correspondance sur la scène : voici en quelque sorte la Trinité du mélomane. Qui fait des artistes passés au révélateur du concert des saints ou des bannis. Dans quelle catégorie faut-t-il mettre Renan Luce ? Après la mode du débranché - pas question ici d’euthanasie - mais plutôt d’Unplugged de Nirvana, place à la mode de rebranché. Ou comment le Breton né à Paris muscle sa chanson pop folk avec talent. Quoi de plus casse-gueule qu’une reprise tous amplis branchés de Je me suis fait tout petit de George Brassens ? Une petite fille de Claude Nougaro ?  Passée elle aussi avec succès à la moulinette rock. Le live donne des accents plaisants aux chansons de Renan Luce, les rend plus accessibles. On pense parfois à Eiffel, Tri Yann ou à Albin de la Simone.
Après avoir écouté poliment la dénommée « Nina Crayon », pour une jamais facile première partie, le public du Forum, pas réputé pour son exubérance, a vite été acquis à la cause de Renan Luce. De mémoire de Falaisien on n’avait jamais vu la salle entière – soit 400 personnes – se lever trois fois d’affilée. Lentement, l’univers du chanteur s’est mis en place. La première chanson donne le ton (et le temps) : on est priés de tendre l’oreille, de se laisser bercer par les paroles. La Lettre, le plus grand succès du Breton, ce sera pour les rappels.
Le spectacle en lui-même se contente de quelques jolies lumières. La variété d’instruments utilisés est peu mise en valeur. Peut-être est-ce volontaire ? Peu de mouvements scéniques, un bel équilibre de la playlist et, au final, quelques frissons rock qui offrent un vrai plus par rapport à l’album : pas même besoin à Renan Luce d’être bavard pour conquérir son public, il est vrai, massivement féminin.

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L'interview exclusive pour Mediart

Mercredi 24 Octobre
 
Le Forum de Falaise (Calvados, Basse-Normandie) accueille l’un des artistes les plus en vue de la nouvelle scène française : Renan Luce. Dans les loges, quelques heures avant le concert, l’ambiance est décontractée. Il y a Renan, donc (chant/ guitare), Martin Gamet (contrebasse) et Antoine Dijol (guitare et cavachino, « rare instrument brésilien », explique-t-il), assis en cercle, non loin des restes d’un copieux repas. Seul manque à l’appel Manu Feramus (batteries/ percus). Le téléphone du Breton sonnera deux fois pendant l’entretien. A peine notre conversation finie, il enchaîne sans souffler par une interview téléphonique. « Ca fait plusieurs mois que c’est tout le temps comme ça », s’amuse le guitariste, Antoine. Parlons cliché : le succès proportionnel avec les filles ? « C’est vrai qu’il y a de plus en plus d’admiratrices à la porte de nos loges. Malheureusement, la question ne se pose pas (rires) : nous sommes tous en couple ! ». C’est assez rock’n’roll, faire la tournée des bars avec un journaliste local ? « Ça aurait été avec plaisir, d’habitude on est les premiers à sortir pour s’amuser mais... Renan et Martin s’en vont au Canada tôt demain matin, à Saint-Jean de Richelieu ». On repassera pour le débit de boisson, reste celui de la conversation !
 
Renan Luce, c'est ton vrai nom?
 
Bah ouais, c'est mon vrai nom. Même pas besoin de me trouver un nom de scène... Et puis, ca me paraissait évident d'utiliser mon nom.
 
Une émotion particulière à jouer dans une petite salle (Le Forum de Falaise, environ 400 sièges)?
 
Petite? Je ne trouve pas, tu sais moi, tout me va... On a essayé dans la tournée de faire un mélange entre petites/ moyennes/ grande salles. L'avantage, pour une salle comme Falaise, c'est qu'on est plus proche du public. Le concert, c'est d'abord une conversation. Si les gens restent assis dans leur fauteuil - enfin oui c'est mieux qu'ils y restent (rires) - cela ne doit pas empêcher l'échange. Le plaisir de jouer vient quand même en bonne partie de là.
 
A ce propos, tu te considères plutôt comme un artiste de scène ou de studio?
 
Je suis... partagé entre les deux! Je pense que scène et studio n'apportent pas les mêmes choses à un artiste. Demain matin nous partons pour le Québec avec Martin, qui fait de la contrebasse et de la basse. Comme nous ne serons que deux, on va pouvoir expérimenter de nouvelles idées pour les arrangements, guitare/contrebasse/batterie, par exemple. On est des artisans, et on peut envisager de modifier quelques morceaux, d’essayer de nouvelles choses pendant la tournée, en fonction de la réaction du public. Et aussi pour éviter de se lasser !
A côté de ça, l'enregistrement de l'album a été différent, très agréable aussi…
 
La chanson "La Lettre" est maintenant vraiment associée à ton nom. C'est toi qui l’as choisie pour lancer ton album? 
 
Non, non. Il y a eu un consensus avec la maison de disques, c'est eux qui ont choisi ce titre. Ceci dit, cela m'a fait très plaisir de l'entendre à la radio.
 
Te souviens-tu d'un moment ou tu as réalisé que tu commençais à devenir célèbre?
 
Oh, oui. Il y a quelques mois, lors d'un concert au Trianon à Paris - je ne me souviens plus de la date exacte. On joue, comme d'habitude, et les gens se sont levés spontanément, se sont mis à chanter nos textes. Ca nous a beaucoup touchés et surpris.
 
Tu as donc vécu ton succès de manière positive...
 
Oui! Vraiment... je savoure. J'ai bossé, j'ai commencé par tourner dans les bistrots avec les copains, et puis le succès est venu, sans que je le veuille à tout prix. J'ai pu bosser et m'amuser sans m'en soucier...
 
Est-ce que l'étiquette de "nouvelle chanson française" dans lesquels les médias te classent te gène?
 
C'est bien de la chanson française que l'on fait… Après, qu'on nous appelle "nouvelle chanson française" c'est un peu galvaudé. C'est vrai que j'appartiens à une génération qui écoutait Brassens, Nougaro...mais fait-on vraiment quelque chose de nouveau? Je m'exprime avec ma musique, j'essaye de montrer des choses aux gens... C'est vrai, je m'entends bien avec certains artistes de ma génération. Nos références communes font un peu de nous, quelque part, une "famille"!
 
Tu cites Brassens dans les artistes qui t'ont influencé le plus, comme plusieurs autres de ta génération. N'est-il pas un peu comme une figure tutélaire de la chanson en France... un peu obsédante?
 
Je ne pense pas. Il faut se décomplexer par rapport à ça. C'est juste que le travail de cet artiste est tellement énorme... Dire qu'on est "influencé par" ou que "l'on s’inspire de" Brassens - serait prétentieux, mais je ne peux pas l’ignorer, étant venu à l'écriture de chansons qui racontent des histoires.
 
A l’avenir, envisages-tu des duos, des collaborations?

L'année dernière, Elodie Frégé m'a invité pour une reprise en "live", franchement sympathique. Mais je ne suis pas spécialement pour les duos, surtout quand ils n'apportent rien en particulier. J'ai une sensibilité particulière à l'univers d'Alexis HK - artiste de ma génération lui aussi. Avec quelqu'un comme lui, ce serait possible, oui.
 
Comment définirais-tu ta musique ? Tes textes ?

Chanson folk, ça représente bien ce qu'on fait. Au niveau des textes, je ne me fixe pas de limites. Dans chaque chanson, j'essaye de montrer le réel : je peux m'inspirer autant des livres que j'ai lus, des films que j'ai vus, que d'histoires que j'ai entendues et qui m'ont marqué. Tout ça, c'est sans me poser de questions. Naturellement, je prends ma guitare et je compose.
 
Optimiste, ta musique? Elle parait légère mais certains titres posent plus de questions...

J'essaye juste un peu mettre de moi dans les chansons. Et comme je ne vois pas spécialement la vie en rose, mes chansons peuvent poser des questions, oui.
 
D'autres genres musicaux t’attirent-il?

Il y a toujours les classiques, que j'écouterais sans me lasser, mais j'ai des goûts musicaux assez éclectiques. Après, ce n'est pas parce que j'ai aimé une chanson de rap que je vais vouloir la reproduire pour un album...

Merci pour ces infos, M. Luce!

Publié dans Musique

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