"John Rambo", de Sylvester Stallone (2008)

Publié le par Jérôme

Les héros ne meurent jamais… mais ils vieillissent

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Vingt ans après avoir visité l’Afghanistan dans Rambo III, c’est un Sylvester Stallone sexagénaire qui joue au héros fatigué en Birmanie. Si les images sont très (trop ?) choquantes, toute la force du nouvel opus de Rambo est d’éviter toute complaisance idéologique par rapport à la guerre. Un exercice périlleux, rarement réussi au cinéma d’une telle manière depuis Master and commander. La mise en scène est sobre, énergique et la photo splendide. Ceci nous rappelle au bon souvenir du premier épisode de Rambo, dénonciateur des horreurs du Viêt-Nam, quand les deux épisodes suivants donnaient plutôt dans le patriotique mensonger. 
Le personnage de John Rambo apparaît dans ce dernier épisode comme désabusé, en fin de course : « certaines vies ont de la valeur. D’autres non. Voilà où nous en sommes ». Cette machine à tuer expatriée renvoie une image insupportable à ses collègues militaires : leur propre futur, inexorable. Qui se résume à deux options : « vivre pour rien, ou mourir pour quelque chose ». A cet égard, le visage buriné et émacié de Stallone a dans ce film beaucoup de noblesse (si l’on excepte son brushing de la séquence finale). 
L’histoire, elle, a le goût du sang, celle d’un fait divers sordide et réaliste, jamais triomphaliste : un groupe de missionnaires chrétiens américains engage Rambo, qui vit près de la frontière thaïlandaise, pour être guidés en territoire hostile, en Birmanie, où ils doivent porter secours au peuple karen harcelé par la junte. Arrivés à bon port, nos représentants d’un monde libre et occidental sont vite tués ou torturés par l’armée birmane qui rase leur village. En attendant l’intervention de Rambo… 
L’échec de cette mission humanitaire symbolise l’échec de l’idéalisme dans un monde d’individualistes. Comme Rambo, les autres personnages abandonnent leurs illusions, face à cette saisissante cruauté aboyée dans un langage inconnu (et non sous-titré la plupart du temps), exercée sur femmes, enfants, civils et militaires. Sans distinction. Comme pour mieux nous dire que la guerre ne supporte pas l’exercice de la raison. Un enfer saisissant qui semble, en creux, narguer l’Amérique en lui disant : tes héros sont fatigués ! Fatigués de se battre pour des causes perdues.
  

Publié dans Cinéma

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Shin 08/04/2008 14:08

Bonjour,

Très brutal et sauvage, ce dernier opus de "Rambo" est bien plus que ça en définitive. Les messages que Stallone veut nous faire passer ne se font pas toujours dans la subtilité, mais ont trouvé un certain écho en moi (comme en témoigne le billet que j'ai laissé sur mon blog concernant ce film).

Honnêtement, je ne m'attendais pas à grand chose de ce film qui fut, toutes proportions gardées, une aussi bonne surprise que la résurrection de "Rocky" l'année passée. Bravo Mister Sly !

Amicalement,

Shin.

LEK 20/03/2008 23:06

Je viens de regarder le film et je me dis : "il est loin le temps où l'on faisait des films mettant en scène des demi-dieux de la guerre made in america".
Enfin bon... le film n'est plus autant le support de divertissement qu'il a été ; son évolution me fait penser à celle de la littérature mais en version (super) accélérée. Le réalisme est la seule chose qui semble primer dans les films d'aujourd'hui ; ce n'est pas désagréable mais ça me semblait mieux fait dans un livre qu'en film. Ceci dit on peut difficilement juger du réalisme de la guerre lorsqu'on n'a jamais tenu d'arme ou tiré sur quelqu'un (mais ça ne me tente pas, je te rassure)
On pense montrer les atrocités du monde asiatique que l'on montre comme un univers plus que sous-développé. Ce n'est pas si éloigné que ça de la réalité et il est vrai que dans le contexte politique américain actuel on peut se réjouir que Sly veuille faire ressortir les troubles oubliés de la guerre du Vietnam qui ont créé des remous jusqu'à nos jours. Mais on peut aussi y voir une façon de mieux remettre sur le devant de la scène les événements actuels du Proche-Orient. Une façon détournée de dire comme tu le dis dans ton article "les héros sont fatigués". Le film cadre finalement bien avec l'air du temps et la façon de penser des médias américains. Le seul message qui n'est pas dans l'air du temps dans ce film c'est l'écologie (quoique je ne milite absolument pas en faveur d'un message écolo); on voit pas mal de trucs exploser avec de gros nuages noirs de pollution, on blâme les anglais d'avoir laissé trainer une bombe dans le coin il y a presque 60 ans donc le super soldat en préretraite la fait sauter avec une bonne vieille claymore façon oldschool. Enfin il y a tellement de violence gratuite et de tout genre (ça va du jeu des types qui courent dans le champ de mine jusqu'au viol organisé de femmes prisonnières en passant par le penchant pédophile du "général") qu'on se demande quel est le message. On commence par penser : "c'est réaliste donc on ne peut pas sauver tout le monde" mais finalement on avait oublié les rebelles et ce bon vieux SLy qui "a la guerre en lui" et que "ça, Dieu ne peut rien y changer". Dieu peut-être pas, pour le coup, mais une jolie blonde sortie des Etats-Unis (qui reste pure uniquement parce que le général birman est pédophile) avec des pleurs, une peur effroyable de la guerre mais avec un coeur gros comme ça et des mots tendre inspirés par sa foi... ça c'est possible... Merci Jey pour l'article et je suis bien content de ne pas avoir claqué des dollars pour ça.

See u