Les héros ne meurent jamais… mais ils vieillissent
Vingt ans après avoir visité l’Afghanistan dans Rambo III, c’est un Sylvester Stallone sexagénaire qui joue au héros
fatigué en Birmanie. Si les images sont très (trop ?) choquantes, toute la force du nouvel opus de Rambo est d’éviter toute complaisance idéologique par rapport à la guerre. Un
exercice périlleux, rarement réussi au cinéma d’une telle manière depuis Master and commander. La mise en scène est sobre, énergique et la photo splendide. Ceci nous rappelle au bon
souvenir du premier épisode de Rambo, dénonciateur des horreurs du Viêt-Nam, quand les deux épisodes suivants donnaient plutôt dans le patriotique mensonger.
Le personnage de John Rambo apparaît dans ce dernier épisode comme désabusé, en fin de course : « certaines vies ont de la valeur. D’autres non. Voilà où nous en
sommes ». Cette machine à tuer expatriée renvoie une image insupportable à ses collègues militaires : leur propre futur, inexorable. Qui se résume à deux options :
« vivre pour rien, ou mourir pour quelque chose ». A cet égard, le visage buriné et émacié de Stallone a dans ce film beaucoup de noblesse (si l’on excepte son brushing
de la séquence finale).
L’histoire, elle, a le goût du sang, celle d’un fait divers sordide et réaliste, jamais triomphaliste : un groupe de missionnaires chrétiens américains engage
Rambo, qui vit près de la frontière thaïlandaise, pour être guidés en territoire hostile, en Birmanie, où ils doivent porter secours au peuple karen harcelé par la junte. Arrivés à bon port, nos
représentants d’un monde libre et occidental sont vite tués ou torturés par l’armée birmane qui rase leur village. En attendant l’intervention de Rambo…
L’échec de cette mission humanitaire symbolise l’échec de l’idéalisme dans un monde d’individualistes. Comme Rambo, les autres personnages abandonnent leurs
illusions, face à cette saisissante cruauté aboyée dans un langage inconnu (et non sous-titré la plupart du temps), exercée sur femmes, enfants, civils et militaires. Sans distinction. Comme
pour mieux nous dire que la guerre ne supporte pas l’exercice de la raison. Un enfer saisissant qui semble, en creux, narguer l’Amérique en lui disant : tes héros sont fatigués !
Fatigués de se battre pour des causes perdues.