"Pirates des Caraïbes III", de Gore Verbinski (2007)

Publié le par Jérôme

 
Pour un cinéma mirage, pensez au robinet à images ! 
Le troisième Pirates, malgré un final éblouissant, a un énorme trou dans sa coque : une abominable mise en scène « mitraillette » qui envoie sans mal Jack Sparrow et Cie par le fond. 
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            Avec Pirates des Caraïbes 3 : Jusqu’au bout du monde, pas la peine de raconter l’histoire. Le second volet de la célèbre franchise des parcs Disneyland s’achevait sur l’objectif suivant : sauver Jack Sparrow du monde parallèle dans lequel Davy Jones, le capitaine maudit du Hollandais volant, l’envoie. Seulement voilà : sans plus d’explications, voilà le pirate libéré au bout de dix minutes du troisième épisode. Ensuite ? On navigue à vue. Pas plus que la foule de personnages et de créatures sans âmes qui peuplent le film de Gore Verbinski, on ne peut se projeter vers une quelconque conclusion. Will Turner (Orlando Bloom, toujours aussi peu crédible en flibustier) et Elizabeth Swann (Keira Knightley) sont submergés par une foule de personnages secondaires la plupart du temps très mal utilisés – paix à ton âme, Chow-Yun Fat. 

Mais ce n’est pas le pire. Pirates 3 est la consécration d’un péché moderne du cinéaste : celui de se prendre pour un monteur de MTV. Comme l’a démontré la nouvelle trilogie Star Wars, celle de Matrix, Kingdom Of Heaven ou 300, l’émiettement et la démultiplication des images, des styles et des effets spéciaux ou autres mouvements de caméra n’ont jamais fait du cinéma. Le caractère non-linéaire du cinéma moderne part d'un bon sentiment, certes. Encore faut-il commencer par écrire une histoire qui tienne la route. Le « grand guignol », émerveillement suscité par le laid et l’incongru est comme toujours mis à l’honneur dans la trilogie Pirates. Il ne peut justifier, à lui seul, le scénario risible de cette machine toussotante : trahisons d’opérette, héros qui changent brusquement de camp ou triangles amoureux de circonstance. Sans-titree.jpeg
Vous allez me dire, c’est du cinéma d’esthète, pour les amoureux des images. Raté. De plus en plus en manque d’inspiration au fur et à mesure de la saga, Gore Verbinski n’arrive que trop rarement à rendre belles ces images de navires furieux, de fantasmes de colonies britanniques, ou de pirates défigurés. En revanche, leur côté plastique ressort parfaitement. De quoi en faire un bon placement produit pour les pontes de Disneyland !
Si vous fouillez parmi les décombres, cherchant les survivants sanguinolents du cinéma d’aventures, vous trouverez quelques morceaux de bravoure dans Pirates 3 : Keith Richards des Rolling Stones en papa pirate, un humour rafraîchissant, des batailles virevoltantes, et un affrontement final de toute beauté entre deux vaisseaux pris dans l’œil d’un cyclope. La fin ouverte, dernière maladresse (annonciatrice d'un quatrième volet?), laisse un amer sentiment de gâchis...

Publié dans Cinéma

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Bloody_Edward 19/10/2007 18:41

Superbe critique ! :D