Jeudi 1 mai 2008

J’aurais voulu être un ninja

Variation des plus talentueuses sur le conte initiatique japonais cher au manga, Naruto – en animé également – porte en lui toute une culture. 

 

  

Naruto. Le nom du célèbre manga de Masashi Kishimoto (1999) – et de la série animée qui lui a emboîté le pas – revient souvent aux oreilles dès lors qu’on parle de ninjas, plus communément appelés shinobi ou shinobu par les historiens du Japon médiéval. Ces guerriers-espions, japonais, émigrés coréens ou chinois et ronins sans maître – qui avaient en commun le déracinement et la défaite se sont formés entre le VIIIème et le IXème siècle. Probablement groupés en provinces indépendantes voisines de Kyoto, le style de combat pragmatique des ninjas s’inspire à la fois des pirates, des ascètes montagnards nommés yamabushi (technique du shugendō), des moines bouddhistes de la région mais aussi des hinin (personne de basse condition sociale exécutant des tâches jugées impures).

Leur imaginaire n’a pas toujours été aussi coloré ni bon enfant que dans Naruto. Difficile pour un non-japonisant d’accéder à la littérature, aux arts picturaux, aux légendes locales qui font du ninja partie intégrante du paysage. Il faut attendre Shinobi, un jeu vidéo à succès pour Sega Megadrive, lancé en France en 1990, qui popularise ces combattants aux yeux du grand public. Ensuite, nombre de jeux vidéo et un certain Tigre et Dragon d’Ang Lee (2000) prépareront le terrain à Naruto, succès papier et télévisuel dans plus de 20 pays, régulièrement bien culturel le plus vendu du mois en France à la sortie d’un nouveau tome du manga.

 

Le shōnen a le sang bouillant. Naruto Uzumaki, lui, a tout du jeune héros typique de shōnen manga : orphelin naïf et braillard, il a une dégaine et des cheveux orange qui font de lui un parfait « vilain petit canard ». Il est droit jusqu’à l’outrance et lutte infatigablement contre le mal, aidé par d’immenses pouvoirs et/ou compétences qui se révèleront au fur et à mesure du récit. Pour rappel, Naruto a un redoutable démon-renard à neuf queues scellé en lui, qui explique qu’il fût rejeté, mais lui procure également une puissance sans égale. En bref, comme l’extraterrestre Son Gokû dans Dragon Ball, ou le pirate Luffy dans One Piece, le jeune Naruto s’érige en infatigable défenseur de la volonté de vaincre, de l’amitié jusqu’à la mort et de la justice. Ces constantes, sur lesquelles il serait malavisé de juger Naruto, forment le genre du nekketsu, littéralement « sang bouillant », qui donne aux séries Fly, Dragon Ball, Bleach ou One Piece l’air de faux frères.
 

Le but ultime du petit Naruto n’est autre que cherche à être reconnu par tous en devenant Hokage, c’est-à-dire le ninja le plus puissant de son village. Poursuivant cet idéal de pureté, le parcours initiatique du héros, comme dans tout conte qui se respecte, est semé d’embûches. Le spectateur devient comme le partenaire privilégié de cette entreprise, des pénibles débuts de Naruto à l’école des ninjas jusqu’à l’apprentissage de nouvelles techniques infaillibles, le jeune garçon affrontant des adversaires toujours plus fort. Le lien que l’on tisse avec le héros que l’on espère voir vaincre ses ennemis est le même que dans les jeux de rôle ou les jeux vidéo, ou l’on augmente son expérience via les combats et les missions. Acquérir de la puissance et constater ses effets sur l’environnement est jubilatoire, voire cathartique.

 


Vieux démons de la culture japonaise.
Contrairement à l’Europe ou aux Etats-Unis, le manga n’a pas de verrou culturel (autrement dit : ne prend pas son public pour des imbéciles) parce qu’il touche toutes les couches de la société, même s’il n’est qu’un dessin animé. C’est pourquoi chaque grande série de manga nippon, même celles destinées aux adolescents, disserte sur les inquiétudes existentielles chères à la culture locale. Dans le monde de Naruto, les villages cachés de ninjas vivent en autarcie, avec une réelle peur de leurs voisins. Un tournoi où s’affrontent les jeunes meilleurs ninjas de l’école militaire est censé symboliser l’affrontement entre chaque village, qui rôde malgré les alliances conclues. Chaque trahison vient tirer un trait définitif sur le genre humain.


Dans la deuxième série animée, Naruto Shippūden, débutée en 2007, on apprend que chaque village caché a tenté de s’approprier un Bijuu, c'est-à-dire l’un des démons de la légende qui a été placé dans le corps d’un jeune ninja. Des arme à la puissance souvent incontrôlable par les humains, qui tuent amis comme ennemis : le traumatisme de la bombe nucléaire réapparait toujours d’une façon ou d’une autre dans les mangas. La recherche de la pureté et de la puissance protectrice, au centre de la saga, est contrariée chez Naruto ou Gaara (ninja du Village du Sable) par la présence d’un démon intérieur.
 
La solitude et le mal-être de ces personnages par rapport à leur environnement, leur « devoir d’homme » dans une société si patriarcale, rappelle au mauvais souvenir des générations traumatisées et défigurées d’Hiroshima et Nagasaki, comme un affront jamais lavé avant la mort, qui vient délivrer d’une quête où l’on se tourne, rage au poing et l’arme à l’œil, vers les ancêtres. Ce thème souligne de manière plus générale l’ « angoisse nipponne » d’infériorité, d’humilité et de sacrifice des intérêts individuels au service du collectif.

 


Une œuvre protéiforme.
Au-delà de ces thématiques en filigrane, mais qui apportent de l’épaisseur à l’œuvre, on appréciera, en triant – comme à l’habitude pour ce genre d’œuvre – le grain de l’ivraie au sein de 40 volumes de Naruto, 277 épisodes, 5 films, 4 OAV, et une vingtaine de jeux vidéo. Les personnages ne sont pas spécialement attachants – hormis le ténébreux Sasuke, mais l’humour absurde et les dialogues à bâtons rompus corrigent partiellement ce défaut. L’esthétique un rien criarde (jusque dans la musique de la série), tire les aventures de Naruto vers le soap mais aussi vers le Kyōgen (forme comique du théâtre Kabuki). Le scénario est capable de pire comme du meilleur, à la fois coupable et capable d’émotions, de suspense et d’une grande beauté dans les affrontements, où la survie et l’honneur sont comme deux serpents enlacés.

 

par Jérôme publié dans : Séries
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Jeudi 1 mai 2008

Boîte de conserve à conscience ajoutée

Nouvelle adaptation de comics dans les salles obscures : Robert Downey Jr incarne un très convaincant Iron Man, misanthrope génie de la mécanique, qui va laver ses pêchés – et ceux des Américains par la même occasion – en Afghanistan.


 

 

On n’a pas fini de comparer le cinéma américain à la ruée vers l’or. Pour trouver les plus grosses pépites, l’avide de richesses nouvelles est prêt à étudier sans relâche cartes, boussoles, à se doter des meilleurs outils. Mais une fois que le filon est trouvé (en l’occurrence, les super héros), l’exploiter sans relâche et sans penser au tarissement prochain semble être devenu vital. Après Spiderman, X-Men, Hulk, Les 4 Fantastiques, voici venir le temps des adaptations cinématographiques de héros de notoriété moindre. Qui connaissait Elektra avant le nanar éponyme, second couteau en cuir de Daredevil au charisme incertain, dont le principal fait d’armes est d’avoir plombé la carrière cinématographique de Jennifer Garner (héroïne de la série Alias) ? Qui connaît Thor, les Watchmen, ou Justice League of America, à part les inconditionnels ? Une donnée qui ne semble pas effrayer les producteurs d’Hollywood, qui ont de nombreux projets dans ses cartons, jusqu’à l’overdose – qui ne manquera pas d’arriver.

 

Quoiqu’il en soit, cette fièvre capitaliste n’empêche pas Iron Man – signé Jon Favreau, réalisateur transfuge de la télévision – d’être une sacrée réussite. Photographie léchée, effets spéciaux au service de l’histoire et néanmoins splendides, montage sobre, acteurs impeccables et musique loin d’être mauvaise : sans verser dans le lyrisme gluant à la Seigneur des Anneaux, ni l’ultra-réalisme à la Batman Begins, notre héros mécanique créé en 1963 s’en sort avec les honneurs.

 

Iron Man, ou Tony Stark dans la vraie vie, ce fabricant d’armes misanthrope – brillant communicant – est un vrai self-made man à la Bruce Wayne, à la tête d’un vaste empire, qui a perdu ses parents dans un accident de voiture. C’est pourtant avec les machines qu’il se sent le plus à l’aise. Pris en otage par des guérilleros des montagnes, lors d’un voyage en Afghanistan, il prend conscience à la fois de sa solitude et de ce que peuvent devenir les armes qu’il crée entre de mauvaises mains. Si le film n’en fait pas un alcoolique – ce qu’il est dans la bande dessinée, nous voici bien en présence d’un « super-héros avec de super-problèmes », explique Stan Lee, l’un de ses créateurs, monstre sacré des comics déjà papa d’X-Men ou Spiderman.

Dans l’œuvre originale, Tony Stark est un vétéran du Vietnam qui entend racheter ses pêchés après avoir frôlé la mort en Asie. Le choix réactualisé de l’Afghanistan comme lieu de « révélation » de la valeur des vies n’a bien entendu rien d’innocent pour Iron Man. Les Américains ont réellement armé des milices islamistes durant l’occupation soviétique de l’Afghanistan – avec les conséquences que l’on sait – pour faire tomber l’un des derniers bastions du communisme post Guerre Froide. Mais un film enraciné dans l’histoire du passé ne parle jamais que du présent… Et le terrorisme est l’idéologie de notre temps au nom de laquelle les Etats-Unis arment des milices alliées en Irak.

par Jérôme publié dans : Cinéma
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Mardi 8 avril 2008

Les médias s’emparent du slam

…mais quand est-ce que le message original de cet art sera restitué ? A l’heure actuelle, les ravisseurs sont plus insondables que les FARC et Michel Fourniret réunis.

 

Pour le collectif caennais Le Milieu, le slam est avant tout  « une musique qui porte le texte, des mots qui touchent autant que le sens des sons ». Slammer, ce n’est pas seulement se faire porter par la foule pendant les concerts. En argot américain, slam, c’est « la claque », « l’impact » qui doit frapper les auditeurs de cette poésie urbaine. Une liberté créatrice qui fait souvent du slam une poésie personnelle, engagée.

Le mouvement, né dans les années 80 à Chicago sous la houlette de Marc Smith, a progressivement dépoussiéré toutes les scènes de poésie ouverte, à travers le monde, en les rendant plus ludiques et en encourageant le public à participer. En France, au début des années 90, les bars parisiens accueillent les premières performances signées Pilote Le Hot, Nada, ou Collectif 129H. Puis c’est à Nantes, qui héberge les trois premières éditions du « Grand slam National » (2004-2006) que la scène locale s’organise autour du collectif Slam-Nantes-44.


 

"Tout Feu Tout Slam", un disque de qualité pour juger de l'énergie de cette singulière scène française.


« Le slam donne une vraie convivialité à l’expression orale », explique Patricia Marie, de la médiathèque de Falaise, rompue à l’organisation de ce type d’événements. Dans la petite commune bas-normande, comme partout ailleurs, on voit fleurir des ateliers d’expression orale, censés réconcilier la rue avec la culture. Chaque jeune participant est amené à s’entraîner avant – s’il le souhaite – d’affronter le public. « Pour donner l’étincelle au niveau de l’écriture de textes, on va écouter une sélection de slams, lire plusieurs textes, et jouer sur les mots à l’aide de cadavres exquis* », explique la jeune femme à un parterre de lycéennes amusées. L’objectif : démythifier la prise de parole poétique, que les aréopages de la culture francophone ont placée bien en haut sur leur piédestal.

 Enfant de la ville, le nouveau Grand Corps Malade vient de sortir, mais une grande confusion demeure autour du terme « slam ». Ledit slam rassemble en fait plusieurs disciplines : la lecture de poèmes choisis, les battles (joutes) prisées par les acteurs de théâtre ou les rappeurs, le spoken word, les one-man shows poétiques, et les prestations médiatiques d’artistes issus du slam et mises en musique : Abd Al Malik, Renaud Papillon Paravel…



Le disque par lequel la médiatisation, avec ses avantages et ses inconvénients, a débuté...


Le parisien Grand Corps Malade, lui, préfère qualifier sa musique « d’acoustique a cappella ». Comme il le dit avec talent : « J’viens d’là où le langage est en permanente évolution/ verlan reubeu argot gros processus de création ». Puisque l’art s’est éloigné de la vie, faisons-le naître de nos existences. Ce pourrait être le leitmotiv de cette poésie qui n’a pas de plus grande qualité que de placer l’écoute au centre de tous les regards.



*cadavre exquis : jeu collectif inventé par les surréalistes en 1925. Ils en donnent la définition suivante :  jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

par Jérôme publié dans : Musique
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Lundi 7 avril 2008
Le rock sur scène, cet ennui profond













Kill And The Young au Cargö, scène de musiques actuelles de Caen, le 7 Février dernier.


Pour les townies of Manchester de Kill The Young, Proud Sponsors of Boredom est le deuxième et redouté album de la confirmation. A l’énergie débordante du premier opus, éponyme au nom du groupe, cette nouvelle mouture est incontestablement plus calme. Ou soporifique, c’est selon ! Le révélateur de la scène du Cargo caennais, jeune public nourri à la nouvelle multiplicité de la scène rock, a permis de se faire une idée précise du potentiel du Kill The Young nouveau. A savoir : quasiment aucun. Chauffé à bloc par deux premières parties de qualité, le parisien Dominic Sonic et les clermontois de Subway, c’est un public normand n’en peut plus quand, aux alentours de minuit, les trois Anglais débarquent enfin sur scène.
La disposition singulière de la scène du Cargo, où le bar a toute son importance, a donné des allures de « disque de fin de soirée » à la prestation des KTY. Probablement vexés par l’accueil mitigé, si l’on excepte le parterre de fans, nos trois Anglais – affublés d’un batteur plutôt transparent – ont voulu jouer plus vite et plus fort. Sur des compositions plus lentes, plus posées, comme si les paroles de pop alternative méritaient qu’on s’attarde dessus, c’est « Cul entre deux chaises » auquel le Cargo a eu droit. Bref, si peu d’aura pour nos rockers d’Outre-manche. Le tout pour un set rock à oublier, en guettant le troisième album. Celui de la rédemption ?
 


Myspace du groupe

Clip de "Addiction"

 

 

par Jérôme publié dans : Musique
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Lundi 7 avril 2008
Saycet,
étrange électronica à la Maison de l'Etudiant


La joliment nommée "électronica" est encore une frange obscure des musiques électroniques. Pas vraiment "bankable", à la construction imprévisible mais avec des images plus nécessaires que dans un vulgaire vidéo-clip, elle interroge la relation du spectateur au ressenti de la musique. Comme chez Chopin ou Mozart, l'intuition est rapidement le fil directeur de l'écoute. Les images, elles, sont là pour guider, comme la lumière aveuglante qu'on aperçoit au loin dans les rêves.
Chez Saycet, projet électronica parisien sous l'égide de Pierre Lefeuvre, les instruments organiques ont été remplacées par une batterie de bruits mystérieux : frottements, portes qui s'ouvrent, claviers lancinants, voix japonisantes et contaminées par l'outil électronique. Dans la salle, le public caennais est rivé aux écrans, c'est à peine si certains oscillent de la tête. On a parfois cette sensation d'assister à une manifestation d'ectoplasmes, fussent-ils de métal comme dans Arrivée en gare d'un train de la Ciotat. A qui est sensible à la complainte du nouveau siècle, où les machines tentent d'expliquer la nature humaine, sera sensible à l'errance contemplative et silencieuse de Saycet.
 


Myspace du groupe

par Jérôme publié dans : Musique
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Jeudi 13 mars 2008

Cocoon : l’interview exclusive pour Mediart –  Mercredi 12 mars 2008

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            Morgane Imbeaud et Mark Daumail : les joyaux de la scène rock clermontoise juste avant leur deuxième concert caennais.


Pourquoi avoir intitulé votre album My Friends All Died In A Plane Crash ?

 

Mark : Cette phrase est la première que j’ai écrite lorsque j’ai décidé d’écrire l’album. C’est un peu le fil rouge, le thème directeur de l’album.

 

C'est-à-dire ?

 

Mark : La période où j’ai imaginé écrire cet album correspond à une période où j’ai perdu plusieurs proches. Mais ce n’était pas dans des accidents d’avions.

Sinon, j’aime assez l’idée d’un titre long pour les albums, qu’on n’ait pas l’impression qu’on puisse le résumer en un mot ou deux !

 

Votre album parle d’avions, mais aussi d’oiseaux. Y’a-t-il un thème aérien chez Cocoon ?

 

Morgane : C’est vrai, dans les chansons qu’on a retenues pour constituer un album, il y a des vautours, des hiboux et de chouettes. Mais on parle en général beaucoup d’animaux…

Mark : D’ailleurs, notre prochain album sera exclusivement centré sur les animaux marins fantômes (rires).

 

Il y a une certaine dimension humoristique dans le groupe. Avez-vous conscience que certains auditeurs passent totalement à côté ?

 

Morgane : C’est vrai, il y a peut-être un petit côté pince-sans-rire. On a naturellement envie de mettre de l’humour dans notre musique. Mais ce n’est pas la seule chose que l’on veut exprimer !

 

Quelle était au juste votre démarche pour cet album, très orienté pop/ folk – jusque dans l’écriture des textes ?

 

Mark : On a eu beaucoup d’idées qui se sont bousculées… Pour ce premier album, qu’on a sorti en avril 2007, on voulait un son très propre, quelque chose qui sonnerait américain.

 

Morgane : On avait une soixantaine de chansons à la base et de fil en aiguille, il n’est plus resté que les douze qui composent l’album.

 

Avez-vous déjà réfléchi à une démarche différente pour un prochain album ?

 

Mark : J’écoute de la musique beaucoup plus sophistiquée que le folk, de l’électro, du hip-hop. Ca peut être intéressant de partir dans cet esprit-là. Le premier album était low-fi, avec un son très clair, le prochain peut très bien être hi-fi ! Un son crade, des guitares électriques… en tout cas pas avant octobre 2009. Il nous reste plein de belles expériences à vivre avec cet album-ci.

Dans l’idéal, on aimerait faire comme avec My Friends All Died In A Plane Crash, sortir un EP avant l’album. Pourquoi pas en vinyle. Comme ça les gens seront obligés d’acheter une platine pour l’écouter. 200 € le nouveau cd de Cocoon, c’est pas cher (rires).

 

Que pensez-vous du nouveau statut de l’artiste, de la dématérialisation de la musique, vous qui faites partie de la « nouvelle génération » ?

Mark : Le téléchargement, ca ne nous choque pas. On fait pareil (dit-il en désignant un Ipod touch sur la table) ! On est vraiment satisfaits de notre label actuel, Sober & Gentle, on est une petite équipe qui bosse bien. Il y a moins d’intermédiaires, cela simplifie vraiment notre travail. Les responsables dans les grandes majors, quand ils ne vendent pas, ils doivent s’arracher les cheveux !

On a fait la « homepage » de deezer.com (ndlr : site gratuit d’écoute de musique en ligne financé par la pub) pendant trois semaines et reçu un financement grâce à ce système qui est plutôt bien !

 

Pour finir, comment trouvez-vous Caen, où vous jouez ce soir ?

 

Mark : Euh…un peu comme toutes les villes qu’on parcourt. On a déjà eu l'occasion de venir une fois auparavant mais... pas trop eu le temps de visiter. Notre plaisir, c'est de remplir des salles et d’aller à la rencontre du public !


Cocoon : un concert…déconcertant


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De nouvelles têtes au pouvoir, et Cocoon en tête d’affiche dans la cité caennaise, fraîchement devenue ville de gauche. Bonne pioche en tout cas pour la première édition du festival Phonix, organisé par la Maison de l’Etudiant caennaise du 10 au 13 mars, et qui rassemblait notamment Jim Murple Memorial (ska), Saytec (électro) et autre Mendelson (rock). 

Site de la Maison de l'étudiant


 

Un set frais et de bonne humeur. Cocoon, c’est l’histoire d’une bulle. Un groupe qui existe comme un duo, où Mark et Morgane se renvoient la balle inlassablement. En chantant, en jouant : elle du piano, lui de la guitare, en parlant et en se regardant. Le public ne peut être que complice d’un univers qui se tisse à coups de blagues parfois grasses mais toujours spontanées, d’envolées lyriques prétendument tristes où, sur scène, on vous fait un clin d’œil. Une reprise d’Amy Winehouse pour la forme, comme pour mieux nous faire comprendre que Cocoon a son univers, qu’il peut s’approprier celui des autres. Et qu’il ne nous laissera pas comme ça.

Une vieille légende urbaine consacre les spectateurs caennais « public le plus froid de France ». Ou peut-être le plus exigeant ? La simplicité et l’épure de Cocoon a la bonne idée de se retrouver dans leurs prestations scéniques. Sur scène, la voix de velours de Mark Daumail se fait encore plus entêtante que sur l’album. Symbole d'une belle réussite : capter/ détourner l’attention du spectateur… pour mieux le satisfaire.  



par Jérôme publié dans : Musique
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Mercredi 12 mars 2008
Bienvenue chez les Ch’tis, « l’anti-Astérix »

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Ou l'histoire – désormais ultra-connue – d'un homme originaire du sud de la France qui travaille à la Poste et se retrouve muté dans le Nord. Bienvenue chez les ch’tis est l’Anti-Astérix aux Jeux olympiques. Quand le premier travaille – pas toujours dans la finesse il est vrai – les clichés sur le Nord et y gagne une identité, le second n’est qu’un propos uniformisant, réduit à réajuster son montage avec des blagues différentes selon le pays où il est diffusé. Peine perdue : Astérix n’est même pas drôle. A contrario, le film de Danyboon parodie d’un œil tendre les poncifs sur le Nord, et par écho ceux sur les gens du Sud.
Porté à bout de bras par un Kad Merad impeccable en patron de poste prête à tout pour sauver son couple, Bienvenue chez les ch’tis a pour lui les dialogues et un comique de situation quasi-constant. Le récit est malheureusement plombé par une histoire peu crédible et des personnages à la motivation bien opaque. Danyboon évite heureusement une caricature trop grossière parce que ses personnages, postiers bons vivants et aux bons mots, s’amusent de leur propre caricature. Quand Astérix donne platement au public ce qu’il veut voir, Les Ch’tis montre des personnages qui s’amusent de cette image de mineurs alcooliques, sales et arriérés – image bien en place dans l’imaginaire collectif des spectateurs.
  
Le régionalisme en champion de l’humour
 
On estime à plus de 17 millions le nombre de spectateurs potentiels pour Bienvenue chez les ch’tis. Et c’est La grande vadrouille qui craint pour son record… Grande découverte pour les médias français : l’exotisme des langages et des coutumes méconnues actionnerait les zygomatiques du spectateur ! A croire que les succès imprévus ont besoin d’explications rationnelles. On ne peut que s’esclaffer que devant cette fausse naïveté qui pousse à s’interroger sur le pourquoi du comment du succès d’œuvres de divertissement. Au XIXème Siècle, les opéras-bouffe d’Offenbach faisaient rire avec les accents, les difficultés de communication entre personnages. Le tout pour un auteur solidement ancré, à l’époque, dans une culture populaire ou intelligentsia et peuple se retrouvaient sans médire au spectacle.
 
Aujourd’hui, doit-on avoir honte de notre cinéma franchouillard ? Godard, Resnais, Melville, ca sonne mieux. En Espagne, l’énorme succès du film horrifique L’Orphelinat, mal compris hors des frontières, renvoie à celui en 2005 de Nightwatch, film de vampires, plus grand succès du cinéma russe, totalement incompréhensible pour un étranger. Il y a une vitalité pour le cinéma populaire de chaque pays, dont l’hermétisme le relie d’autant plus à la culture de son pays d’origine. Qui peut affirmer rire aux éclats à la fois du comique carabinier italien, de l’humour à la Monty Python, et au doux cynisme du Crime Farpait de l’espagnol Alex de la Iglesia ? Il faut célébrer le cinéma comme une culture populaire, fusse-t-elle maladroite. Encourager le cinéma qui exhibe ses origines, son genre de prédilection, ses régionalismes, ses influences, ses codes mais surtout sa particularité. Même s'il n'est qu'oeuvre de divertissement...


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par Jérôme publié dans : Cinéma
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Mercredi 12 mars 2008
Pop folk à la douceur et à l’humour

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Les deux acolytes de « Cocoon », Mark Daumail et Morgane Imbeaud, sont des prodiges de la scène rock clermontoise à la notoriété grandissante, qui chantent dans un anglais impeccable. Adoubés par des festivals majeurs comme les Inrocks ou les Eurockéennes avant même la sortie de leur album, ils sont devenus comme le symbole d’une scène rock dématérialisée, où Internet et autres Myspace permet à chacun d’affirmer ses spécificités, garder son identité en chantant dans une autre langue, bref ne pas céder à l’uniformisation – autrefois passage obligé vers la notoriété. Une scène rock où l’originalité ne passerait plus par le goulot d’étranglement des médias traditionnels. « En créant Cocoon on s’est toujours dit qu’on ne vendrait pas des millions d’albums… mais on veut bien en vendre quelques-uns quand même », confiait Mark à l’Express en octobre dernier. Toute la fraîcheur de ce premier album, My Friends all died in a plane crash – relecture pop et sans complexes du folk américain – a en tout cas vite rencontré son public.

Folk épuré et entêtant, humour pince-sans-rire pour anglicistes, Cocoon explore les chemins empruntés par Nick Drake, Bob Dylan ou Pete Seeger, tout en mettant une certaine distance au côté contestataire de cette musique. Mark et Morgane jouent avec simplicité sur un hypothétique retour aux choses vraies et à la nature avec un talent comparable à Nada Surf ou Girls In Hawaii. Guitare folk au son enveloppant ou ukulélé, voix aigües et de velours, accompagnements réduits au strict minimum, mélodies épurées qu’on se prend vite à siffloter : la recette du folk a trouvé des saveurs inconnues en Auvergne.


Myspace du groupe

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A venir : l'interview exclusive du groupe pour Mediart
par Jérôme publié dans : Musique
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Samedi 8 mars 2008
L’heure d'été : succession contrastée pour Assayas

 
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C’est l’été. Dans leur maison familiale, à la campagne, deux frères, une soeur et leurs enfants fêtent les 75 ans de leur mère, Hélène Berthier, qui a consacré sa vie à préserver l’œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier. La disparition soudaine d’Hélène, quelques mois plus tard, les obligera à se confronter avec les encombrants objets de leur passé. A chacun donc de se mettre à l’heure d’été, qui est celle…de la succession, sous peine de fêler le bel édifice familial.
Le sujet n’est pas si conventionnel, parce qu’il est douloureux, mais Assayas le traite avec une banalité dont on ne sait pas si c’est un défi ou un aveu d’impuissance. Chez Maupassant, écrivain du réalisme de l’ordinaire, l’art narratif a pour mission « de produire l’effet qu’il poursuit, c’est-à-dire l’émotion de la simple réalité, et [de] dégager l’enseignement artistique qu'il en veut tirer, c’est-à-dire la révélation de ce qu’est véritablement l’homme contemporain devant ses yeux ». 
A savoir ? « Imposer l’illusion ». Chez Assayas, l’illusion est d’abord celle du romantisme. Dénué de tout sentimentalisme, le film en est comme lancinant, empreint de douleur. Ses saveurs sont jaunies et figées comme dans un vieil album photo. Le cinéaste cherche à fabriquer l’illusion des rapports familiaux, de la vie à l’étranger rapportée par les enfants – qui ont déjà les leurs, signe du temps qui passe. Les dialogues, pleins d’hésitations et de contretemps, sont autant de « tunnels » de comédie bourgeoise dont on cherche en vain la sortie. La lumière de la campagne, elle, déborde des images, splendide, et apaise le spectateur qui baigne dans l’austère et la platitude. «  Je passe mon temps à chercher la perte de contrôle et le déséquilibre », confiait il y a peu le cinéaste au Monde.
L’illusion est aussi celle d’un film de commande – celui du 20ème anniversaire du Musée d’Orsay – qui a été détourné avec malice par le cinéaste. Si des œuvres sublimes sont présentées – ou plutôt entrevues – à travers la collection imaginaire de ce Paul Berthier, il sert un discours simpliste sur l’art : les froids collectionneurs d’art d’un côté, de l’autre les visiteurs de musée totalement inconscients de l’histoire de l’art. La servante Héloïse, elle, hérite d’un vase dont elle ignore la valeur. En y mettant de l’eau et des fleurs, elle sera la seule à faire vivre l’objet après la mort de sa maîtresse.
Le même effort est demandé au spectateur, insuffler de la vie à cette Heure d’été pour mieux en ressentir toute la vacuité.
 
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Edith Scob (la mère) et Juliette Binoche (la fille), probablement les actrices les plus rayonnantes de ce film exigeant.
par Jérôme publié dans : Cinéma
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Vendredi 7 mars 2008
Paris selon Klapisch : histoire d’une fiction ou fiction d’une histoire ?

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Paris nous raconte l'histoire d'un jeune danseur (Romain Duris) atteint d'une maladie et qui se demande s'il va mourir... Ouvrant ses yeux et ses oreilles au monde qui l'entoure, il va porter un regard neuf sur ses amis, sa famille et tous les gens qu'il croise. Et dans une avalanche de bons sentiments, renaître à la vie.
Cela devient une mauvaise habitude chez Klapisch : confier aux personnages incarnés par l’inamovible Romain Duris les clés de la narration, fussent-ce des pensées décousues. Que de temps parcouru depuis Le péril jeune, jusqu’au Poupées russes, que de complaisance du metteur en scène pour « son » acteur qui ne joue plus que son propre rôle : Romain dans un film de Cédric. Variante : Fabrice Lucchini en mode roue libre dans un film de Cédric. Avis aux amateurs.
Si l’on peut passer sur le  « syndrome Ocean’s eleven » du film à acteurs, la pauvreté générale de l’histoire et ses errements dans les intrigues secondaires est assez frustrante. Reste, comme souvent chez Klapisch, quelques personnages attachants et joués très justement, moments de grâce dans une intrigue portée à bout de bras par le casting : François Cluzet en architecte bientôt papa, Juliette Binoche en assistante sociale désabusée, Albert Dupontel en maraîcher dragueur, Karin Viard en boulangère raciste, Mélanie Laurent en étudiante bucolique…
La touche Klapisch est là, sa capacité sans égale à dépeindre des personnages dont on voudrait croire qu’ils sont réels…mais dans Paris, on regrette qu’ils ne soient que des esquisses. Ou parfois totalement inutiles, comme l’intrigue du clandestin camerounais.
Les dialogues et les situations regorgent de trouvailles, d’autocitations, d’humour ; prompts à créer un univers. Mais n’est pas roman balzacien qui veut… Au final, que de déchet et de contraste dans cette nébuleuse !   

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par Jérôme publié dans : Cinéma
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